Le gwoka

Photo Azedine Hsissou

QU’EST-CE QUE LE GWOKA ?

C’est la musique traditionnelle de la Guadeloupe. Elle se compose de 7 rythmes principaux et de quelques variantes régionales. A chaque rythme appartient un répertoire de chant et de danse. Par exemple, le toumblak exprime la passion, l’amour, la fertilité et la terre.

ORIGINES

Des recherches historiques et musicologiques nous permettent aujourd’hui de dire que le Gwoka existe depuis le début du XVIIIème siècle du temps de l’esclavage en Guadeloupe. On retrouve ses racines dans les percussions et chants des pays de la côte Ouest de l’Afrique (Golfe de Guinée, ancien royaume du Congo).
Les esclaves ont créé un art nouveau dans un contexte, rappelons-le, des plus atroces.
C’est dans ce contexte qu’il fut aussi utilisé comme outil de communication quasiment au même titre que le créole, un outil qui permit aux « nèg-mawon », les esclaves évadés des plantations, de résister aux colons.
Les esclaves qui venaient de diverses régions d’Afrique, ne parlant pas la même langue et ayant des cultures différentes, ont dû par la force des choses créer le berceau de ce qui est aujourd’hui la culture antillaise.
« Le Gwoka : musique, chants, danses et pratique culturelle représentatifs de l’identité guadeloupéenne » a été inscrit le 26 novembre 2014 sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO).

QU’EST-CE QU’UNE SOIREE LEWOZ ?
C’est un rassemblement populaire les vendredis et samedis soirs durant lequel il va y avoir une représentation de ce répertoire traditionnel du Gwoka, un point de rendez-vous, moment de convivialité où les gens se retrouvent, s’amusent et peuvent participer.

1. Les acteurs de la soirée Lewoz
L’instrument principal de la musique Gwoka est le tambour qui est communément appelé le « Ka ».
Les acteurs que l’on trouve dans une soirée Lewoz :
● Au minimum 3 « tanbouyés »  (= joueurs de tambours) parmi lesquels 2 « boulas » (= tambours rythmiques), on appelle aussi le joueur de boula le « boularien », et 1 « makè » (= tambour soliste).
« Boula » et « makè » désignent les instruments mais aussi les joueurs. Vous noterez que le son du tambour marqueur est plus aigu que celui des boulas, cela dépend de la peau utilisée dans la fabrication du tambour c’est-à-dire qu’une peau de cabri femelle donnera un son aigu et une peau de cabri mâle (utilisée pour le boula) donnera un son grave.
● On trouve aussi des petites percussions : la « kalbass » (=calebasses) ou « chacha », les claves, la cloche, parfois même le « tibwa », puis également le « chantè » (= chanteur soliste), les « répondè »  (= répondeurs/chœurs), le « dansè » (= danseur) et le public, l’assistance, qui entoure les protagonistes de la soirée Lewoz, juge principal de la prestation des artistes.
2. Déroulement d’une soirée Lewoz
C’est un groupe en particulier qui anime cette soirée dont l’un des membres sera le maître de cérémonie (généralement le chanteur), au cours de laquelle musiciens et danseurs vont se relayer, dont la plupart seront issus du public. Le groupe en question a la responsabilité du bon déroulement du Lewoz. Les membres du public souhaitant participer à cette manifestation ont intérêt à s’y connaitre
sous peine d’être publiquement remerciés.
3. La danse
Contrairement à de nombreux autres styles musicaux ici ce n’est pas le danseur qui suit la musique mais la musique qui suit le danseur, c’est-à-dire que le marqueur s’efforce de traduire en phrasés musicaux les pas du danseur qui essaiera de le feinter, de le pousser à la faute, de lui faire perdre le tempo. Il s’agit de joutes musicales entre le danseur et le marqueur.

QU’EST-CE QUE « LA REPRIZ' »?
C’est un concept, une règle incontournable et fondamentale particulière au Gwoka qui permet de structurer l’expression artistique des acteurs du lewoz.

C’est une trêve, une respiration, un échange, une communication. Au même titre que le Jazz et d’autres musiques traditionnelles africaines, le Gwoka est une discipline de l’improvisation, il est donc nécessaire qu’il y ait cet élément pour homogénéiser le tout, pour ne pas que cela parte dans tous les sens.

Cette reprise ne peut être effectuée que par le chanteur, le danseur et le marqueur, trois seuls des acteurs de la soirée lewoz qui improvisent et selon qu’elle soit exécutée par l’un ou l’autre elle aura une signification bien précise.

La reprise du chanteur
La reprise, par le biais de l’élévation de la voix en une vague harmonique ou l’ajout de phrase et de mot clefs, permet au chanteur de tenir ses répondeurs et de les guider afin qu’ils sachent quand cesser ou reprendre le refrain et d’éviter qu’ils ne perdent le tempo.

La reprise du marqueur
Le marqueur va faire un phrasé type reconnaissable par les auditeurs qui apportera  une certaine logique musicale c’est-à-dire qu’elle servira  de balise au public qui pourra ainsi mieux apprécier les différents moments d’improvisation. De plus, de la même manière que pour le chanteur, la reprise du marqueur lui permet de diriger en évitant que les boulas, à trop écouter les contretemps du marquage, ne perdent le tempo.

La reprise du danseur
Lors d’une soirée lewoz tout danseur qui entre en piste provoque le marqueur en duel qui devra relever le défi en traduisant précisément les pas de danse,  Il va y avoir plusieurs « round » dont la reprise fera office de « gong ».Le danseur va effectuer entre chaque séquence improvisée de pas, une transition qui signifiera au marqueur qu’il va commencer un autre enchaînement.Si le marqueur réussit à suivre le danseur à chaque reprise, en général le danseur quitte la piste en le félicitant. D’un autre côté s’il ne réussit pas à suivre, le danseur écourte sa prestation et attendra dans la foule l’entrée d’un meilleur marqueur.

Le répertoire musical du Gwoka traditionnel repose essentiellement sur sept rythmes de base :

Le Woulé
Rythme sur 2 temps associé au travail de groupe dans les champs et à la routine
Le Kaladja
Rythme lent qui exprime la tristesse, la tragédie et plus particulièrement le chagrind’amour (lembé)
Le Toumblak
Rythme rapide, pétillant et festif, célébrant la passion, l’amour, la fertilité et la terre
Le Graj
Rythme évoquant la cadence à laquelle on râpait le manioc (grajé mannioc), il rythmait les travaux domestiques, agricoles ou autres
Le lewoz
Rythme à 2 temps à la fois mélancolique et guerrier sur lequel la danse est incantatoire
Le Padjembèl
Rythme sur 3 temps qui célèbre le travail des femmes. Pour cette raison il est caractérisé par des danses sensuelles et féminines. La danse de la coupe de la canne par exemple dévoile un certain érotisme lorsque elle est exécutée par une femme
Le Mendé
Rythme arrivé au pays avec la venue des congos sous contrat après l’abolition de l’esclavage. Rapide et énergique il exprime la joie et la fête collective

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